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E.T. N° 399. janvier-février 1967

les revues

Le Symbolisme a fait paraître un numéro double (juin-septembre) qui compte presque 200 pages. Nous ne pouvons songer à en donner un compte-rendu détaillé, et nous croyons préférable de nous arrêter un peu longuement sur les articles ayant trait à la Maçonnerie, qui sont d’ailleurs particulièrement intéressants.

Citons d’abord l’article intitulé : « Notes sur la Bauhütte » (c’est-à-dire sur la Maçonnerie opérative allemande). Cette étude est la traduction de fragments d’un ouvrage publié à Vienne en 1883 par l’architecte autrichien Frantz Rziha, et qui contient de nombreux renseignements sur les tailleurs de pierre germaniques. Les sources de ces renseignements sont une vingtaine de « règlements corporatifs », dont le plus ancien, celui de Trèves, remonterait à 1397. Remarquons à ce propos que le Regius Manuscript, le plus ancien des documents des documents anglais appelé Old Charges, est regardé comme datant de 1390. Il semble que cette période de la fin du XIVème siècle constitue (pour ce qui concerne la Maçonnerie) une de ces « barrières » dont a parlé René Guénon, et au-delà desquelles l’histoire « officielle », basée sur des documents écrits, ne saurait remonter. Rziha, d’ailleurs, n’a pas cédé à la tentation de faire de la Maçonnerie opérative une institution spécifiquement chrétienne. Bien au contraire, il rappelle fréquemment que les artisans du Moyen Age, pour chrétiens qu’ils aient été, et même, en général, d’une extrême ferveur dans leur « foi », n’en étaient pas moins les légitimes successeurs des collegia fabrorum de la Rome antique, auxquels les rattachaient une filiation continue. Continuer la lecture

E.T. N° 303 Octobre-Novembre 1952

Les revues

Dans le Symbolisme de septembre 1951, M. Piette a publié un très important article, intitulé : “L’aspect métaphysique du christianisme”. La connaissance que l’auteur possède de la métaphysique, l’étude approfondie qu’il a faite des œuvres de René Guénon et de M. Schuon, et ses recherches personnelles dans certains “champs” traditionnels assez négligés d’ordinaire, tout cela lui a permis de traiter la question qu’il aborde cette fois d’une façon vraiment magistrale. Il se réfère souvent aux pères du christianisme oriental : Denys l’Aréopagite, saint Maxime le Confesseur, saint Grégoire de Thessalonique, et il semble même avoir consulté des revues ecclésiastiques assez négligées d’ordinaire par les occidentaux. Il est impossible de résumé cet article de 26 pages, qui abonde de vues intéressantes sur le caractère “tout à fait spécial” du christianisme, sur le “schisme” byzantin, sur la “coessentialité” (Les latins disent “consubstantialité”) des trois personnes divines, sur certains passages des textes johanniques (Évangile XIX, 30 et 34 ; et  Épitre V, 7 et 8), et sur une foule d’autres questions. L’auteur tout en s’efforçant d’être impartial entre les branches occidentale et orientale du christianisme, ne cache pas sa prédilection pour cette dernière. Il pense même que le dépôt du “christianisme originel” a été mieux conservé en Orient qu’en Occident. C’est sur quelques points qui ont trait précisément à cette “primauté de l’Orient” que nous voudrions apporter quelques critiques, car il nous semble que l’auteur se montre parfois injuste — bien que toujours respectueux —envers le christianisme occidental. Ainsi lorsqu’il écrit que “Rome représente l’esprit de Pierre et Byzance l’esprit de Paul”, nous ne savons comment concilier cette affirmation avec la fait que l’esprit de Paul est avant tout un esprit “missionnaire” et que cet esprit fut tari de bonne heure à Byzance, alors qu’il s’est maintenu en occident jusqu’à nos jours. En effet, l’Église grecque, une fois l’évangélisation des peuples slaves terminée, entra dans une sorte de “sommeil” qui peut bien lui donner une certaine ressemblance extérieure avec les organisations traditionnelles de l’Orient, mais qui, en tout cas, lui enlève tout droit de se réclamer particulièrement de celui qui écrivit : “Malheur à moi si je n’évangélise !”. A ce propos, nous ne sommes pas non plus d’accord avec M. Piette lorsqu’il écrit : “Le christianisme semble avoir été destiné dès l’origine à jouer un rôle providentiel vis-à-vis des Occidentaux, à la mentalité desquels il se trouvait en quelque sorte pré adapté. A la réserve d’exceptions individuelles, et malgré des siècles d’efforts missionnaires souvent héroïques, il n’a pu, en dépit de son caractère théoriquement universel, s’implanter sérieusement en dehors de l’Europe et des pays peuplés par les Européens”. Qu’est ce que M. Piette appelle “s’implanter sérieusement” ? Estime-t-il que le christianisme est sérieusement implanté en Europe ? Et les “exceptions individuelles” qu’il est bien forcé de reconnaître ne viennent–elles pas combattre sa thèse ? Car on ne saurait prétendre que le christianisme évangélise des étendues géographiques et non des individus. En tout cas, l’existence aux Indes d’une Église malabare qui remonte aux temps apostoliques, celle de l’Église d’Éthiopie, qui est à peu près aussi ancienne, l’immense extension au Moyen Age, de l’Église “nestorienne” chez les peuples dits “tartares”, montrent que le christianisme s’accommode fort bien de la mentalité orientale ; mais nous précisons bien : le christianisme non contaminé d’esprit moderne, la mentalité orientale non “submergée” par les poisons de l’Occident contemporain. Par ailleurs, et dans un tout autre ordre d’idées, est-il bien exact, comme le dit M. Piette, que “saint Jean affirme formellement, par deux fois, qu’une partie de l’enseignement de Jésus n’a pas été mise par écrit” ? Dans les textes évangéliques auxquels l’auteur se réfère (Jean XX, 30 ; et XXI, 25), il est question d’actions du Christ, et non de paroles. Ces réserves très légères que nous nous permettons de faire sur l’article de M. Piette ne diminuent en rien l’intérêt avec lequel nous l’avons lu, et notre désir de voir l’auteur donner suite, dans un avenir rapproché, au dessein, dont il nous fait part, de traiter, dans d’autres études, de l’angélologie et de l’eschatologie chrétiennes. Nous sommes certains qu’ici encore il aura bien des choses intéressantes à nous apprendre. Continuer la lecture